Deuxième vie de Lève Rames

 

Après nos quatre années de flânerie en Scandinavie (mer Baltique et Norvège jusqu’au cap Nord), puis notre tour de France par les canaux nous entreprenons une révision générale pour remettre Lève Rames en état de supporter une longue navigation. Et nous voilà partis pour un grand tour le 21 juillet 2002.

Nous naviguerons à la bonne saison et laisserons Lève Rames pour revenir au Croisic pendant la mauvaise saison de navigation ce qui nous permettra de ne pas nous couper complètement de la famille et des amis. Ainsi, nous laissons le bateau une première fois à Faro, en Algarve, au sud du Portugal et revenons en France avec le car qu’empruntent tous les portugais qui travaillent en France. C’est le transport le meilleur marché, assez rapide et avec chargement illimité ce qui nous permet de remporter à bord les oublis de dernière minute, par exemple le moteur hors bord de l’annexe !!!

 

Retour par le même moyen à bord où, notre mascotte, le goéland Lève Rames, en tenue de matelot, nous attend sagement à bord, perché dans le carré, à son poste de veille, près du baromètre. Nous rallions Portimao, toujours sur la côte Sud de l’Algarve et attendons là que passent les dépressions dont la plus profonde met au tapis toute la flotte de la Route du rhum. Enfin, l'anticyclone est là, il ne faut pas le rater. Le vent a enfin tourné au Nord-Est et c’est parti pour une traversée qui se révèle aussi rapide (forts vents portants) que fatigante (mer très formée avec houle croisée de 3 à 4 mètres), inconfort total, sommeil impossible, cuisine succincte voire régime sandwich, mais pas trop de mal de mer. Nous faisons relâche dans le port de Las Palmas, Grande Canarie, entourés de voiliers se lamentant du mauvais temps qui les empêche de remonter vers le Nord. Le monde est bizarre !

Départ de là pour le Cap Vert : îles volcaniques, pelées, arides, brunes de terres jamais arrosées, assez pauvres (plus de la moitié du budget de l'état provient de l'aide internationale). Très ventées à cette période de l'année par les alizés venus d'Afrique, elles sont sujettes à des vents de sable qui recouvrent tout, diminuent la visibilité, et s'infiltreraient dans les winches, enrouleurs et roulements si nous ne les avions pas bien emmaillotés. Escale utilitaire seulement car nous avons déjà fait escale au Cap Vert il y a 20 ans avec notre premier bateau, Antibulle. Nous partons le 1er janvier à l’aube après avoir vécu aux premières loges le passage à l'année nouvelle : à minuit sonnantes, tout Mindelo envahit la plage au fond du port et se baigne tout habillé à grand renfort de sirènes, fusées, klaxons, dans un embouteillage monstre, hurlements et musique : bref, une ambiance valant largement les Champs Elysées, chaleur et exotisme en plus.

 

Route sans problèmes dans une eau de plus en plus bleue et chaude, à l’approche de l'équateur que nous passons sans plus de formalités. Arrivée le 16 janvier au petit matin, à la marina du Club Nautico de Salvador de Bahia par 13° de latitude Sud, le jour de la fête de Notre Seigneur de Bonfim la plus grande fête religieuse de Salvador : vacarme et musiques assourdissants, procession de 8Km jusqu'à l'église de Bonfim. Crevés comme nous l’étions, nous avons seulement regardé de loin la procession sans la suivre, étourdis et ravis par la musique et l'ambiance.

Une navigation tranquille dans la Baie de Tous les Saints nous remet rapidement en forme. Mais nous ne tardons pas et partons pour Ilha Grande que nous avions raté 20 ans plus tôt pour cause de manque de temps. Nous étions prévenus que c’était le paradis sur terre. Nous n’avons pas été déçu. Le seul problème était que tout le Brésil était au courant que c’était le paradis sur terre et que ce paradis était très encombré. Quelle différence entre le même paysage au petit matin et l’après midi lorsque les goélettes auront déchargées leurs cargaisons de passagers !!!!

 

 

Notre séjour au Brésil sera finalement de courte durée car le père de Gilles étant au plus mal, nous descendons sans traîner la côte brésilienne jusqu’à Piriapolis, Uruguay où nous laissons Lève Rames en mars 2003 pour retourner précipitamment en France. Retour à bord en septembre 2003 où nous faisons une rapide visite de ce tout petit pays verdoyant qu’est l’Uruguay.

 

Nous remettons Lève Rames à l’eau pour Buenos Aires via le Rio de la Plata. Ayant veillé la météo, nous traversons sans mal ce gigantesque estuaire sujet au "pampero", coup de vent brutal qui peut causer de gros dégâts.

Après quelques jours passés à Puerto Madeiro, en plein centre ville de Buenos Aires, nous émigrons vers la marina du Club Victoria à San Fernando. Nous y passerons des jours champêtres agrémentés de petites virées en train vers Buenos Aires. Nous profitons de cette étape pour aller faire une petite visite aux Chutes d’Iguazu, 1200 Km plus au nord. Moments extraordinaires dont le point d’orgue sera l’arrestation des chauffeurs du car pour contrebande (11 sacs suspects ayant été découverts dans la soute à bagages du car). Nous continuons le voyage avec d’autres chauffeurs….

Départ de San Fernando fin octobre, pour Mar del Plata où l’on retrouve tous les bateaux se préparant pour le grand Sud. Les Argentins locaux, très chaleureux, nous confirment que leur ville est la dernière escale sérieuse, donc obligée pour tous ceux qui descendent vers le sud. Ils en ont vu de tous les genres : un bateau russe de 3 mètres que le propriétaire a construit sur son balcon de 3 m de long. Grâce à cette fréquentation, ils sont au courant de tous les chantiers et architectes navals français. Certains sont même abonnés à des revues françaises comme Loisirs Nautiques. Et on commence à voir en Argentine, crise économique aidant, de nombreux constructeurs amateurs. Mar del Plata est donc la bonne escale où l’on trouve tout : voiles, moteur, appareils électroniques, bouts de rechange pour écoutes et drisses, grandes aussières pour s'amarrer aux arbres dans les canaux de Patagonie, chaîne de mouillage, défenses pour protéger la coque, etc…Avant notre départ, nous étions 8 bateaux en attente de départ, discutant de prévisions météo, comparant, supputant, cherchant la fenêtre de 3 jours de bons vents pour atteindre l'étape suivante : la Péninsule Valdès aux portes de la Patagonie qui commence au Rio Negro, sur le 41ème Sud,.Nous réussissons enfin à décoller du ponton . En route pour le grand sud!

Première impression patagonienne : un désert, surface de terre nue uniforme, ocre, rouge ou brune avec parfois une maigre végétation de steppe : Nous avons suivi cette côte à falaise sur des milles et des milles sans voir un arbre, sans une trace de présence humaine et dans notre cas, sans un bateau (au point que l'on en oublie de faire la veille !). Terre nue, mer nue et vent omniprésent, un vent obstiné, parfois favorable mais soufflant souvent d'une direction inattendue, totalement imprévue par la carte météo. Nous avons fini par comprendre (mais ça n'est dans aucun guide, pas même dans les Instructions Nautiques Argentines) qu'en cas de situation moyenne, les vents thermiques (brises de terre et de mer que nous connaissons bien en Bretagne) sont si puissants qu’ils prennent le pas sur les vents synoptiques

 

 

Nous faisons halte au sud de la Péninsule Valdès, réveillés au petit matin, par des souffles de baleines tout près de Lève Rames. Maman et petit (mais qu'il est grand le petit !) folâtrent à petite distance du bateau. Nous pouvons les admirer de très près, fascinés par leur aisance dans l'eau, leurs mouvements amples, déliés et apparemment faciles. Nous ne faisons ensuite que quelques rares escales sur cette côte argentine assez inhospitalière spécialiste des mouillages où l'on ne dort que d'un œil. La principale sera pour un carénage dans la vase à la Caleta Horno.

 

 

A l'approche du détroit de Lemaire, nous hésitons sur la route à suivre et tirons finalement vers l'Ile des Etats. Nous ne le regretterons pas car nous allons passer un Noël extraordinaire et irréel à Puerto Hoppner, baie reliée à l’extérieur par un passage de moins d'une dizaine de mètres de large de chaque côté du caillou central.

Nous retrouvons là nos voisins belges, australiens et suédois de Mar del Plata et tissons comme eux notre toile d'araignée. Avec 6 bouts et une ancre, nous devrions résister à la tempête de neige en plein été austral (baie abritée de la mer mais pas du vent).

 

 

Nous rejoignons ensuite Ushuaia Ville "del fin del mundo"où nous fêterons la nouvelle année et, notre visa argentin étant sur le point d’expirer, remontons jusqu’à Puerto Williams sur l’autre rive du Beagle en territoire chilien. De là, nous faisons, comme presque tous ici, notre excursion au Cap Horn. Mais à la différence de beaucoup d’autres, nous la faisons dans des conditions idéales, le vent tournant avec nous autour du cap. Juste quelques petits problèmes de Kelp, l’algue géante de ces contrées, qui n’améliore pas la vitesse.

Ça y est, nous voila cap horniers mais nous le disons sans aucune gloriole car on ne peut comparer nos 48H de navigation dans ces parages redoutables avec les voyages des grands voiliers qui, sans moteur, ne choisissaient ni la saison, ni la météo…

 

Nous allons pouvoir entamer la remontée des Canaux de Patagonie : nous remontons d’abord la partie Ouest du Beagle puis les canaux jusqu’au détroit de Magellan que nous embouquons en son milieu à la hauteur du cap Froward. Nous garderons de ce détroit un souvenir largement plus sinistre que du cap Horn : paysage sauvage, balayé par les williwaws, mouillages intenables (malgré un réseau d’aussières impressionnant). C’est seulement dans les canaux proprement dits que nous soufflons un peu en retrouvant l’anticyclone. Cela ne va pas durer, malheureusement, car cette région n’est pas réputée pour son grand beau temps. Toute la remontée sera marquée par de brusques coups de vent que nous subissons souvent noyés sous un déluge d’eau mais bien amarrés dans une "caleta". Seuls les paysages extraordinaires nous récompensent de nos efforts. Après 2 mois de navigation hors du temps et du monde puisque personne ne vit entre le grand sud et le nord du golfe de Peňas, ŕ l’exception de Puerto Eden (village d’une centaine d’âmes).

 

 

 

Nous finissons par arriver fin mars 2004 à Puerto Montt, notre première grande ville chilienne. Nous laisserons le bateau à Valdivia, un peu plus au nord pour 11 mois, en raison de problèmes médicaux et familiaux. Nous avons quand même réussi à nous balader un peu au Chili où nous avons noué d’excellents contacts. Chili et Argentine sont les deux pays où nous aimerions retourner. Au retour, en mars 2005, nous remontons la côte chilienne jusqu’à Iquique, au nord du pays, en plein désert (nous sommes passés de 5 mètres de précipitation annuelle en Patagonie à moins de 10 cm au nord de ce pays de presque 5000 Km de long) d’où le cap’taine part le 5 mai, avec un ami chilien. Arrivée aux Gambiers en Polynésie française le 30 mai après une traversée très inconfortable mais rapide.

 

 

 

 

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