Première vie de Lève Rames

Vingt ans après Antibulle, comme les Mousquetaires, nous nous lançons à nouveau dans la construction navale. Les finances s’étant bien améliorées, nous recevons dans le jardin une coque de Maracuja (dériveur intégral en aluminium) faite au Chantier Garcia. Nous voulons faire les aménagements mais pour cause d’accident, ceux-ci seront faits par le Chantier Marine Atlantique, au Croisic. Lève Rames est mis à l’eau en 1990 et entame une carrière de bateau école, faisant principalement des stages radar : on le voit circuler avec ses deux radars entre les écueils du Passage des Sœurs, sans personne sur le pont et rideaux tirés, tel le vaisseau fantôme.

Nous n’aurons pas fait beaucoup d’école de navigation car Gilles, très vite, change d’orientation et, appelé de plus en plus souvent pour des expertises maritimes (qui ont le mérite, par rapport à l’école de navigation, de fonctionner toute l’année !), ouvre un cabinet qui lui prendra bientôt tout son temps. Les aménagements du bateau ne correspondent plus à nos activités et en prévision de notre départ au long cours, le Chantier Rameau, en 1996, refait l’intérieur. Nous en profitons pour supprimer la cabine Bd AV qui devient un cabinet de toilette sur l’AV et un bureau sur l’AR ouvert sur le carré.

En 1997, le Cap’taine (eh oui, les rôles se sont inversés et je ne suis plus que "Chef du Service Intérieur") prend sa retraite et nous mettons cap au nord vers la mer Baltique et le Golfe de Botnie. Nous ferons, cet été là, 4435 milles aller et retour dans les eaux européennes : sans frontières ni contrôle d’immigration. Passage par le Limfjord, immense bras de mer qui sépare l’île du Nord du Danemark continental et où passent des navires de 4m de tirant d’eau. Dans ce pays de marins, les ponts routiers et ferroviaires s’ouvrent devant les bateaux et personne ne klaxonne lorsque le pont autoroutier s’ouvre à l’heure de pointe (heure dictée par la marée) pour laisser passer Lève Rames. Deux dangers guettent les navigateurs du Limfjord : l’entrée Ouest sur la Mer du Nord, parsemée de bancs de sable, qui brise par mauvais temps comme la barre d’Etel et les bateaux de la "Bier Line" à la sortie Est sur le Kategatt. Ce sont des bateaux à moteur suédois qui viennent au Danemark acheter la bière bien meilleur marché qu’en Suède. L’aller le matin vers le Danemark se fait en ligne droite, skipper à la barre, yeux bien ouverts. Le retour vers la Suède en fin d’après midi est beaucoup plus zigzaguant et il convient de "donner un large tour".

De là, nous arrivons à Götebord, sur la côte Ouest de Suède. Nous traversons toute la largeur du pays par le canal Göta, sans démâter car, là aussi, tous les ponts s’ouvrent. Traversée bucolique par les lacs suédois bordés de châteaux, qui nous fait arriver au port de Stockholm par l’intérieur des terres et en sortir par le chenal maritime.

Navigation dans les fameux archipels suédois, myriade d’îles, abris parfaits, pas de marée, pas de courant, l’eau est douce car peu profonde (merci le dériveur intégral). Nous naviguons ainsi en mouillant chaque nuit jusqu’au fond du Golfe de Botnie à la frontière finno-suédoise. L’eau qui était encore gelée début juin est à 21° au mois d’août (en surface mais encore très fraîche au fond).

Retour de mouillages en mouillages sur la côte finlandaise. Encore une fois, nous apprécions le dériveur intégral sur cette côte où le sol se relève d’un mètre par siècle ce qui donne des chenaux peu profonds. Il faut se dépêcher car la saison est courte en Mer Baltique : les élèves reprennent le chemin de l’école au 15 août. Nous sortirons de Mer Baltique fin septembre par le Canal de Kiel. Avec le fort trafic commercial dans le canal, il y a intérêt à anticiper les effets de berge au passage des cargos quand vous serrez la berge d’un bord avec 20 000 tonnes qui passent de l’autre bord à 7 ou 8 mètres de vous…Heureusement le Capitaine est habitué à ce genre de cohabitation ! Le retour au Croisic par Mer du Nord et Manche, cap à l’ouest en octobre, n’est pas moins stressant. Nous sommes obligés de nous arrêter plusieurs fois plusieurs jours pour cause de forts coups de vent de suroît qui rendent la descente impossible.

Cela nous aura servi de leçon pour l’année suivante, 1998, où nous retournons en Mer Baltique pour visiter toutes les îles danoises mais en laissant cette fois le bateau là-bas pour l’hiver qu’il passera à terre où sont hissés également tout ce qui flotte : bateaux, pontons, bouées de balisage, etc… pour éviter qu’ils ne soient arrachés par les bancs de banquise dérivants. Paysages doux et champêtres : sous le vent, les îles sentent bon le lisier ! Cette année là, Lève Rames n’aura parcouru que 2200 milles. La gare n’est pas loin du chantier et nous rentrons par le train passer l’hiver au Croisic.

En 1999, changement de décors, nous passons des pâturages danois à la majesté des fjords norvégiens. Nous revenons par le train à Augustenbourg où Lève Rames a passé sagement l’hiver (pas un problème de vol depuis plus de 30 ans) puis cabotage pépère, par petites étapes, sur la côte Ouest de Suède puis la côte Sud de Norvège. En mer du Nord, les choses deviennent plus sérieuses mais nous naviguons souvent abrités entre les archipels et la côte, slalomant entre les cailloux par petits fonds, dérive relevée. Arrêt à Stavanger et Bergen, Visite des fjords : Lysefjord et surtout le Sögnefjord où l’on navigue souvent entre deux hauts murs un peu sinistres.

La saison avance et le temps va nous manquer pour aller bien haut : nous faisons demi tour à Målöy, 100 milles au nord de Bergen, direction les Iles Shetland, une escale inattendue à Fair Isle (souvent impraticable à cause de la houle) puis les Orcades et enfin l’Ecosse que nous traversons par le canal Calédonien avec un passage angoissé dans le Loch Ness mais Nessie ne daigne pas montrer le bout de son nez. Ouf…

Retour au Croisic par la mer d’Irlande et re-départ au printemps suivant, 2000, dans les mêmes traces. Cette fois ci, après avoir longé toute la côte norvégienne, par Ålesund, les Lofoten, Trömsö et Hammerfest, nous irons doubler le Cap Nord par un temps que les locaux jugent tout à fait inhabituel : grand soleil de minuit et petite brise. Nous garderons des paysages norvégiens un souvenir inoubliable, du patrimoine architectural norvégien aucun souvenir (il n’y en a pas) et de la gastronomie norvégienne une sainte horreur. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, nous avons adopté le régime poisson/patates et avons, nous qui sommes pourtant si mauvais pêcheurs, pêché nous-mêmes notre nourriture dans ce pays où le moindre fil avec un bout de fer au bout permet des pêches miraculeuses.

A l’aller comme au retour, nous visitons les Iles Hébrides, pas toujours très accueillantes pour ce qui est de la météo. Mais les distilleries de Whisky sont si nombreuses qu’on en oublie le mauvais temps.

En 2001, retenus en France pas des obligations familiales, nous décidons de faire le tour de notre beau pays par les canaux, de façon à être toujours à portée de train. Laissant au Croisic, mât, bôme, voiles et gréement, nous partons au moteur vers l’entrée de la Gironde. Notre première escale fluviale sera Bordeaux, à couple de la dernière péniche à marchandise du Canal Latéral à la Garonne, bientôt vendue pour faire un bateau restaurant.

Canal du Midi, canal du Rhône à Sète, remontée du Rhône et de la Saône, nous empruntons ensuite le canal de Bourgogne dont le Cap’taine rêvait (sans doute parce que le plus impraticable) puis l’Yonne avec ses écluses à bajoyer incliné), la Seine avec un passage surréaliste à Paris et dans ses banlieues et enfin Honfleur où nous attendrons le beau temps pour passer le Cotentin. Après 4 années passées en pleine nature en Scandinavie, nous avons réellement apprécié les beautés de la France, ses châteaux dans le moindre village, ses abbayes, ses monuments en tous genres, ses vignobles, ses petits restaus sympas… toute choses qui nous avaient bien manquées dans le nord. Le seul point noir du voyage restent les villes : Toulouse, Lyon, Paris, Rennes où nous ne nous sentons pas vraiment en sécurité ce que confirment les nombreux commentaires des navigateurs rencontrés en chemin.

Arrivés à Saint Malo un certain 11 septembre de triste mémoire, nous remontons la Rance, le canal d’Ille et Rance jusqu’à Rennes, descendons la Vilaine jusqu’à Redon et le canal de Nantes à Brest, de Redon à Nantes. Parcouru 2060 Km (plus 470 milles en mer) et passé 461 écluses.

Après une révision générale, Lève Rames appareille du Croisic le 21 Juillet 2002, cette fois pour le grand tour.

 

 

 

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